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27 settembre

Les trois livres magiques

- viens, on va faire un peu de lecture.
- oh non, j'ai pas envie. C'est nul le CP, c'est nul d'apprendre à lire.
 
Ce n'est pas la première fois que je l'entends dire ces phrases, suffisament inquiète pour ne pas les laisser s'envoler n'importe où. Je lui prends la main en lui disant, viens voir,  je vais te montrer quelque chose.
Il rechigne mais je serre la main qui tente de s'évader.
-Reste là, je vais chercher quelque chose.
Intrigué tout de même, il m'attend, assis, sur son lit.
Je reviens avec 3 livres.
- tu vois ces livres ? Regarde les bien. Ce sont les histoires les plus fabuleuses que j'ai lues dans ma vie, des histoires extraordinaires, incroyables.
Il me regarde avec des yeux ronds, je continue.
 
-Si tu n'apprends pas à lire, tu ne pourras jamais découvrir ces histoires. Regarde celui-là, tu as vu comme il est usé. Ce livre est à Léonard, regarde c'est écrit dessus. Il l'a lu au moins trente fois, c'est bien simple, il le connait par coeur. Réfléchis, mais ce serait dommage de passer à côté de ça.
 
Il a du réfléchir deux secondes parce qu'il a courru faire sa lecture.
 
17 maggio

Les objets qu'on achète deux ou plusieurs fois

J'avais acheté Le Périple de Baldassare, un jour de promenade dans une librairie. Je ne cherchais rien de particulier mais le petit mot de recommandation du libraire devant la pile du livre, sa couverture aussi ont fait que j'ai acheté le livre sans hésitation. A l'époque je travaillais dans une ville de banlieu assez lointaine et chaque jour mon livre me racontait les  voyages de Baldassare. J'adorais, je n'ai rencontré, depuis, qu'une seule fois des personnages aussi vivants, ayant une personnalité telle que j'avais l'impression que j'aurais pu le rencontrer dans le RER s'il avait existé à cette époque.
Et puis, un jour, j'attendais le train, assise, le livre dans un sac en plastique pour le protéger de la pluie. Je l'ai oublié sur le banc.
Il ne me restait plus qu'une dizaine de pages à lire, j'étais déçue, très déçue. Je ne savais pas comment, pourquoi j'avais pu oublier un livre qui comptait autant pour moi sur le banc d'un quai de gare.
J'aurais pu retourner dans une grande librairie où on fait ce que l'on veut et où lire quelques pages d'un livre passe complètement inaperçu, mais j'ai racheté le livre. Je ne pouvais pas imaginer ne pas avoir ce livre chez moi, ne pas abriter Baldassare dans ma maison.
J'ai fini mon livre tout neuf et depuis mes enfants l'ont lu.
Maintenant, je sais que si j'ai oublié le livre sur un quai de gare, il a fait le bonheur de quelqu'un, forcément.
Par la suite, j'ai lu les autres ouvrages d'Amin Maalouf mais je n'ai jamais rencontré un personnage aussi vivant que Baldassare.
16 aprile

Les personnages

Les personnages me donnent du fil à retordre. Quand je les crée pour les faire vivre dans une histoire, ça s'emballe. Pas de problème, tout coule de source. Mais des que l'histoire avance et que je dois faire des choix à leur place, et donc me poser des questions à leur sujet, leur vie, leurs habitudes, leurs comportements, tout devient compliquer. Il me faudait leur inventer une vie avec des hauts, des bas, des jours avec, des jours sans, et pourquoi ceci et pourquoi cela.
Alors, je les laisse tomber sans ménagement.
Je sais, je n'ai pas de coeur.
Le problème avec tout ça c'est que mes histoires ne vont jamais très loin.
En ce moment, c'est une dame en rouge qui me cause problème. Qu'est-ce qu'elle a pu vivre pour en arriver là ?
04 aprile

La manière

La tranquillité

Je ne peux pas écrire si quelqu’un me parle ou alors pas plus de deux phrases. Je le sais parce que je l’ai déjà testé. J’apprécie le silence, mais il n’est pas forcément requis pour l’écriture.

J’avais développé, enfant, un moyen de me retrancher pour lire n’importe où n’importe quand. Je n‘aimais pas me retrouver seule, je lisais donc là où il y avait du monde mais  il fallait donc me protéger contre le bruit environnant. Je fais la même chose pour écrire. Il me faut construire un rempart, mettre des chaussons agréables et ne pas avoir froid, ne penser qu’à ce que je fais, me mettre un peu à l’écart et faire le vide autour de moi. Je n’entends alors plus grand-chose et je peux me concentrer sur mon écriture.

03 aprile

Le moyen d’écrire

 

Lorsque je commence un teste c’est toujours sur du papier et avec un stylo ou un crayon à papier. J’aime le crayon à papier parce qu’il fait du bruit et il me donne l’impression qu’il parle.

Le premier jet doit venir de ma main. Il ne doit pas y avoir de séparation entre mon cerveau qui décide et dicte à la main et la main qui tient le stylo qui, lui, glisse sur le papier.

Ensuite, je préfère l’ordinateur qui évite les ratures, les gribouillis qui m’embrouillent les yeux et l’esprit.

Les corrections sont plus faciles. La lumière de l’écran, les lignes droites, les lettres régulières m’aident à clarifier ma pensée et à y voir plus clair et je peux ainsi me concentrer sur les mots rien que les mots.

02 aprile

Les conditions de l'écriture

L'envie

 

Je pourrai dire que je n’ai pas le temps, que mon emploi du temps est minuté, que je n’ai pas une minute à moi.

Mais, j’ai acquis depuis de nombreuses années une facilité à manier le temps, à l’étirer, à m’engouffrer dedans pour y puiser le temps qu’il me faut pour faire ce que j’ai à faire.

Ce n’est donc pas le temps qu’il me faut pour faire ce que j’ai à faire, en l’occurrence écrire.

Ce n’est donc pas le temps qui fait que j’écris ou non mais l’envie et cette envie toujours vaillante, vacille quand la fatigue s’immisce dans mon corps et dans mon esprit.

L’énergie qui me reste suffit à me tenir debout et à mener les actes de la vie quotidienne, plus essentiels ou obligatoires que l’écriture, tels qu’aller travailler, nourrir ma famille, couver le petit dans mon giron, c’est aussi ma vie.

L’envie d’écrire ne disparaît pas car alors elle n’aurait plus la force de revenir mais reste tapie dans un coin. Elle attend que je me repose pour rebondir. C’est souvent le manque qui m’interpelle. Qu’est-ce donc que je ne fais pas et qui est aussi ma vie ?

Quelque chose qui n’est pas une obligation mais qui est essentielle, quelque chose qui ne se trouve pas sous mon nez, quelque chose que je dois aller chercher.

27 novembre

Liste

 

Choses à réaliser,

 

Écrire un roman et ne plus l’avoir en tête.

Me détacher des enfants et être plus libre d’esprit et de cœur

Passer un cran au-dessus dans mes compétences culinaires et rendre ma cuisine plus ludique, mes plats plus savoureux

Acheter des hauts talons et marcher avec des hauts talons

Penser à moi au moins une fois par jour

Lire davantage même si c'est pour être fière d’être quelqu’un qui lit plus que d’autres,

Écouter de la musique une fois par jour

Écrire tous les jours

Trouver le moyen de boire du château Ikhem

 

26 novembre

Liste

Ce qui est détestable,

 

            Être entourée de personnes crispées, ou pire être accompagnée d’une personne crispée car il n’y a aucun échappatoire.

            Découvrir, le matin, que la cuisine, n’a pas été rangée la veille par la ou les personnes censées le faire. Les verres, au garde à vous et les assiettes abandonnées tiennent compagnie à la casserole vide, les miettes éparpillées gisent sur le plateau marbré de la table.

Être obligée de petit-déjeuner dans un monde bouleversé et commencer sa journée par le chaos.

            La marque d’un verre sur un meuble en bois. Indélébile, elle laisse à jamais  l’empreinte d’un geste passé.

                        Une table mal mise, pire encore, une table mal mise et sans âme perturbe l’entrain et le plaisir de festoyer. Une nappe laide abîme les yeux, l’esprit et l’appétit. Une vaisselle sans charme affadit n’importe quel plat et des verres sans pied sont un sacrilège pour n’importe quel vin.

            Allumer la télévision par dépit ou par faiblesse.

            L’odeur de la sardine entrain de cuire, à n’importe quelle heure de la journée, quand elle ne nous est pas destinée.

20 novembre

liste

Ce qui me rend « gaga »,

 

            Les mains d’un homme, posées sur moi, je ne peux plus penser.

Le rire de mes enfants, véritable source de jouvence et d’étonnement.

Sentir une tarte aux pommes, odeur de l’enfance, rassurante, et savoir que je ne vais pas pouvoir y résister.

Une phrase de Proust qui m’entraîne dans un dédale de plaisir, toujours renouvelé.

Une abeille sur une fleur parce qu’elle me fait penser à Proust et sa passion pour les insectes pollinisateurs.

Des roses anciennes dans un jardin, boules mousseuses éclatantes au milieu de la verdure,  elles m’apaisent et adoucissent mes pensées.

Une belle lumière car elle change l’aspect du monde, du ciel, du paysage et de la vie.

Et naturellement certains arbres, parfois si semblables aux hommes dans leur posture.

 

01 novembre

Retour aux sources

Je sortais du métro et j'allais continuer mon chemin mais, en passant devant, je ralentis instinctivement mon pas et je la regardais. Elle semblait me faire signe, j'hésitais un peu, comme c'était la fin de la semaine, moins  pressée qu'à l'habitude, je finis par délaisser mon hésitation et j'entrai dans la bibliothèque lumineuse et chatoyante qui m'avait fait un clin d'oeil.
Je la connaissais, j'allais donc directement vers les rayons qui m'étaient connus, parmi lesquels j'avais passé du temps, toujours du bon temps. Car dans une bibliothèque, rien n'existe d'autres que soi et les livres.
Je parcourais des yeux les rayons, littérature anglaise et je voyais rapidement passer Shakespeare mais j'avançais encore et j'arrivais à la littérature américaine puis je passais à un autre rayon et la littérature française était devant moi. Le silence m'accompagnait dans ma promenade. Je voyais les mots de grammaire, critique, littérature, essai me passer devant les yeux, alors je posais les mains sur les livres les uns après les autres.
Et j'étais bien , environnée de ce qui faisait partie intégrante de mes journées pendant quelques années, je sentais un bien être chaleureux m'envahir à chacun de mes pas qui  me rendait légère. En même temps que cette harmonie qui m'envahissait, surgissait le manque de ce que je redécouvrais maintenant.
Comment est-ce que je fais pour vivre sans ça ? J'exclame intérieurement mon indignation. Oui, je suis indignée. Indignée, de m'être perdue dans les labyrinthes de la vie, indignée d'avoir oublié les bibliothèques, indignée de ne plus travailler la littérature, indignée de si peu lire. Afin de remédier à cette catastrophe, je m'inscris aussitôt et je prends le livre qui tout à l'heure m'avait attirée dans le rayon littérature italienne, Eloge de la lumière.
23 luglio

Souvenir de lecture

Cet après-midi, alors que j'errai dans une librairie bien mal achalandée, mon oeil lassé se posa sur un livre et je respirai mieux parmi les étagères de livres si peu attrayants.
Il s'agissait d'henry Miller. Je me souvins immédiatement à quelle occasion et à quelle époque je l'avais lu et connu. Souvenir qui contredit mon précédent billet inévitablement.
Mon père avait travaillé dans un appartement dont le sol éait jonché de livres abandonnés. Il lui était impossible de laisser quoique ce soit qui puisse servir et sachant aussi que j'étais une lectrice assidue, il pris les livres et les ramena à la maison. Ce n'était pas forcément très courant mais cela lui est arrivé plusieurs fois, et c'est ainsi que j'ai découvert des auteurs que je n'aurais jamais rencontré si mon père n'avait pas recueilli ces livres.
Ils n'étaient pas en très bon état mais j'étais en vacances à la campagne, et je devais avoir du temps à n'en plus savoir quoi faire. J'étais adolescente quand j'ai lu Henry Miller et c'est aussi pour ça que je l'ai autant aprécié.
Il me parlait de la liberté dont je révais, de la gourmandise que j'entretenais.
Je comprenais tout. Je voulais écrire comme lui. Bref, ce fût une rencontre et je lus tous ces livres.
 
 
20 luglio

Souvenirs de lectures

Alberto Manguel décide de relire les livres qui ont jalonné sa vie de lecteur, pendant un an à raison d'un par mois, et d'alimenter sa lecture avec ses impressions, reflexions, descriptions, souvenirs.
Je ne peux m'empêcher de penser que les livres que j'ai lus ne se relient pas à des souvenirs extérieurs à ma lecture.
Lorsque je me souviens d'un livre, je me souviens de l'histoire, de la couverture, de l'auteur et plus difficilement des noms des personnages. Mais je n'ai aucun souvenirs de ce qui entoure cette lecture.
Lorsque j'étais jeune, je me retirais dans une bulle de silence pour lire et je vivais ce que je lisais. J'ai gardé cette habitude et lorsque je lis, rien n'est plus important que ce que je lis. Rien d'autre n'existe que ces mots que je vis.
Il y a pourtant une exception. Je me souviens quand j'ai lu Du côté de chez Swann pour la première fois et à quelle occasion. Seul, Proust s'inscrit dans ma vie de cette façon, dans le temps et dans la mémoire comme son roman.
 
 
Alberto Manguel Journal d'un lecteur, Babel.
27 febbraio

Comment devenir ou rester un vrai parisien

 

 

Surtout, surtout, il faut courir le matin et bougonner tout le long du chemin.

Lorsque vous entrez chez le boulanger, demandez votre baguette d’un air las ou conquérant selon le moment.

Au comptoir, commandez votre café en regardant dans le vague mais surtout pas le serveur qui vous l’apportera.

Regardez suspicieusement toute personne de bonne humeur, le sourire aux lèvres.

Donnez toujours l’impression d’avoir tout fait et tout vu.

Considérez tout ce qui n’est pas parisien avec dédain.

Asseyez-vous  à une terrasse pour détailler, dévisager, juger vos paires.

Sachez et intégrez qu’un parisien aime sa ville parce qu’elle est la plus belle du monde et qu’il y habite parce qu’il y est à proximité de tout même si ça ne sert à rien.

Tout le monde peut devenir un vrai parisien. Il n’y a pas de frontières sociales, raciales ou de classes d’âge. Ce qui compte c’est la volonté. Et d’ailleurs c’est incroyable le nombre de gens qui le sont ou le devienne.

Attention, restez méfiant, toute personne habitant Paris n’est pas forcément  un vrai parisien.

Un vrai parisien doit se sentir plus intelligent que les autres sans d’autre prétexte que celui d’habiter Paris.Enfin, un vrai parisien n’est pas antipathique 24h sur 24. Lorsqu’il ferme la porte derrière lui, il redevient un être humain … bien plus sympathique que les autres

25 febbraio

Mère de famille nombreuse : comment survivre

Ce texte et ceux à paraître font partie d'une série d'exercices littéraires, parodie du mode d'emploi en tout genre.

 

 

Faites le repas pour la seule et unique raison : avoir sa ration

Développez des réflexes rapides pour choper les enfants qui ne se déplacent qu’en courant.

Ayez les yeux derrière la tête et dites-le car à un âge, ils le croient.

Exercez-vous à prendre une voix autoritaire. Sachez que c’est difficile et qu’il faut plusieurs années d’entraînement pour l’utiliser. Lorsque l’enfant vous regardera avec des yeux ronds et aura un rictus de la bouche, c’est que vous serez au point.

Compartimentez votre cerveau. Faites des exercices chaque  jours, par exemple, écoutez les histoires abracadabrantes de chacun, pensez en même temps à la liste de ce qu’il reste à faire sans oublier la liste des courses, souvenez-vous des histoires abracadabrantes.

Sachez multiplier et non diviser.

Apprenez à aimer les baisers mouillés et poisseux ou faites semblant.

Augmentez votre capacité d’évasion aussi rapide que le décollage d’un avion quand les ennuis arrivent.

Ne vous énervez pas, cela vous fait plus de mal que de bien, pour cela pensez  à Harrison Ford ou Johnny Deep ou à toute chose ayant un effet apaisant.

Faites des séances de ménage qui défoulent bien des tensions ambiantes.

Ayez toujours du chocolat en réserve, il est source de bien être et de satisfaction.

Ayez aussi un compagnon pour : passer vos nerfs dessus, partager les dernières bêtises du petit dernier et celles plus grosses de l’aîné, en rire et en pleurer. Faites des dîners en amoureux et buvez du champagne, aimez-vous si vous en avez encore la force.

Et surtout, surtout n’oubliez pas d’être une femme.

 

 

22 febbraio

J'aime, il aime, on sème

J’aime les roses,

le futile

le chocolat,

la littérature,

les vêtements et les chaussures

sentir l’eau autour de moi

et l’herbe verte sous mes pieds,

regarder les arbres se découper dans le ciel,

plonger mes mains dans la terre

boire du vin avec mes amis

entendre mes enfants rire,

la musique qui me transporte,

la peinture qui me fait frémir,

Renoir père et fils.

 

Il aime le mot « impressionnant »,

écouter J-A Miller et la psychanalyse,

lire les journaux et les comparer

lancer des idées en l’air et parterre

conduire mais pas trop longtemps,

regarder les chevaux de loin

boire un café au comptoir

penser que tout est possible

faire du vélo

la politique,

Woody Allen,

Le fromage

le pain,

et le vin

 

J’aime rire il aime marcher sur les chemins escarpés et les plages désertées

J’aime la pluie en Normandie, il aime les matins sous la couette endormi

J’aime voyager dans le temps, refaire le monde et rêver, il aime parler

J’aime la tarte aux pommes et l’odeur du café, il aime son oreiller

J’aime le silence de la maison, il aime Lucchini à la télévision

J’aime tous les bleus du ciel, il aime le rouge de la terre

J’aime l’eau brûlante de la douche, il aime le vent glacé

J’aime lire Proust, il collectionne Lacan

J’aime le fondant, lui le craquant

J’aime cuisiner il aime manger

J’aime lire il aime me séduire

J’aime ses mains, il aime mes seins.

 

08 febbraio

Littérature, culture et nourriture

iJ'ai lu le dernier livre Le Clan des Otori qui finalement est le premier de la série. Je viens de le finir et je trouve que c'est une bonne idée que l'auteure a eu de continuer la série mais en donnant au lecteur les clés de la trilogie déjà parue.
J'y ai repensé ce soir car j'ai dîné dans un restaurant japonais. Lorsque le serveur nous a apporté les serviettes chaudes  au début du repas, je me suis trouvé à la suite de Shigiro quand il pénètre dans une maison. A chaque fois il se lave le visage, les mains et les pieds. J'avais déjà eu envie de me laver les pieds en rentrant du travail, je ne l'avais pas fait car j'avais eu une réaction de rejet en pensant que la lecture d'un livre (j'y avais tout de suite penser) n'allait tout de même pas changer mes habitudes françaises en japonaises.
Au restaurant, j'ai pris le petit bol de soupe où nageait quelques herbes et des champignons. Je portai la cuillère à ma bouche et lorsque le liquide s'aventura dans ma bouche, je me retrouvai dans le livre aussitôt. Je pensais alors que c'était bien de manger japonais à la fin d'un livre qui parlait du japon même d'une époque lointaine. Même lorsque le serveur venait remplir mon verre d'eau systématiquement, je m'imaginais en Naomi, régnant sur mon royaume.
Je crois que je vais aller me laver les pieds.
04 febbraio

La brève

J'ai découvert Jean-Marie Gouriot un jour de chance, certainement. Son allure et sa façon de parler m'ont charmée. C'est surtout la façon dont il parlait de son livre qui m'a enthousiasmé au point que j'ai courru acheté l'ouvrage (Chut.) Je n'ai pas été déçue du voyage. A lire pour rire, s'émouvoir, rencontrer des personnages comme je les aime. Mais si aujourd'hui, j'ai pensé à l'auteur connu pour ses brèves de comptoirs (voir Télérama de cette semaine), des petites phrases lancées en l'air au bord d'un  comptoir de café et qui n'auraient pas déplu à M. de la Palisse,  c'est pour celle-ci, entendue au travail aujourd'hui :
 
- J'ai beaucoup de monde qui m'aident autour de moi, Madame, ma soeur, mon beau-frère et moi-même.
 
J'en fus sincèrement soulagée, n'est-on jamais mieux servi que par soi-même ?
09 dicembre

Brûlures

J'avais acheté ce livre suite à la lecture d'un article qui en faisait grand cas. L'auteur condensait les qualités qui ft que j'achetai le livre dans la semaine même. Peu connu, européen mais vivant aux Etats-Unis, il écrivait bien et sur lui, tout ceci m'inspirait beaucoup. Je devais baigner, à l'époque, dans ma période autobiographique. Mais il y avait dans cet article autre chose qui avait du capter mon attention, quelque chose qui m'interpellait personnellement et peut-être même quelque chose qui me rappelait tout simplement mon histoire. Et puis le titre aussi m'émerveillait L'effet des faits. Parfois je peux le dire dix fois de suite tout en imaginant un sens différent, les faits des fées, l'effet des fées, les faits des faits, les faits d'effets...

Luc Sante a intitulé son premier chapitre "Résumé". 

Il commence son livre en se présentant succinctement et les huit parties du 1er chapitre reprennent la première phrase en ôtant les différents prénoms des parents "Je suis né le 25 mai 1954 à Verviers (Belgique), unique enfant de Lucien et Denise Sante. " La suite des différentes parties raconte les raisons possibles et toujours différentes des raisons qui firent que ses parents choisirent de quitter la Belgique pour les Etats-Unis.

J'ai aimé ce livre et je continue de l'aimer, ma dernière lecture me l'a conforté. Comme je l'avais perçu dans la lecture de l'article, je me sentais particulièrement concernée par ce récit. Mais c'est une anecdote qui m'a le plus impressionnée. L'auteur y raconte une brûlure  :

"D'autre part, j'ai gardé du temps où j'étais bébé le souvenir assez traumatisant de m'être brûlé à un fer à repasser électrique qu'on avait débranché et  mis à refroidir derrière un petit rideau à carreaux jaunes ornant une étagère. Quand je l'ai interrogée à ce sujet, quelque dix années plus tard, ma mère a nié que cela se fût passé.

Ce n'est que deux décennies après qu'elle a reconnu l'événement dont elle avait éprouvé tant de chagrin et de honte qu'elle en avait oblitéré le souvenir."

Je garde du temps où j'étais bébé la marque d'une brûlure au fer à repasser. Je n'en ai aucun souvenir, je le sais parce que ma main chaque jour me le dit. La seule version que j'en ai est celle de ma mère. Mon père n'ayant jamais apporté un élément quelconque, j'imagine qu'il était absent.

J'avais décidé, ce jour-là, de faire quelque chose et de ne pas y renoncer. Ma mère, qui n'était pas du même avis avait du à maintes reprises m'empêcher de passer à l'action et excédée j'avais fais une colère. Ma mère certainement aussi excédée que moi m'avait mise dans le landau. Ce détail me laisse perplexe même si j'imagine qu'à mon époque les enfants y restaient plus longtemps que maintenant. Je devais pourtant avoir plus d'un an car je marchais déjà à cet âge là. Ma mère s'absente de la pièce, la salle à manger où elle venait de repasser sur la table, je descends du landau ce qui me fait penser que je marche. Je monte sur la chaise, je prends le fer à repasser et de colère je me le mets sur la main.

Je n'ai jamais réfuté cette version, l'ayant entendu à plusieurs reprises pendant mon enfance, je l'ai tout simplement incorporée jusqu'à ce qu'elle fasse partie de moi au point où elle ne suscite en moi aucune interrogation j'jusqu’a la lecture de ce passage.

Ma mère ne pouvait pas oublier cette brûlure, pendant des années elle a recouvert le dos de ma main gauche. Mais la douleur et la honte ont eu raison d'elle et elle a préféré m'en inculqué la responsabilité et même la volonté plutôt que d'envisager tout simplement un accident. Un fer à repasser c'est lourd et impossible à manier pour un jeune enfant.

Mais j'ai maintenant le doute d'avoir interprété la version de ma mère et d'avoir arrangé son discours à ce qui était alors à l'image de nos rapports. D'autant plus qu'une fois adulte, une de mes cousines, plus jeune que moi, avec qui j'avais passé plusieurs été m'avoua que j’avais inventé une histoire à dormir debout au sujet de cette brûlure qu'elle avait crue, trop petite pour mettre en doute ma parole.

Je lui avais dit que la marque indélébile représentait la porte d’une cachette que je pouvais ouvrir et y mettre des trésors. Interloquée, j'avais du mal à croire ce que j'entendais là car je n'en avais alors aucun souvenir et encore moins celui d'avoir parlé de ma cicatrice à n'importe quelle époque et à qui que ce soit.

 

28 novembre

Tom et le jardin de minuit

 J'ai toujours eu limpression de l'avoir lu quand j'avais 8 ou 9 ans au maximum 10, dans tous les cas d'avoir été en primaire à ma première lecture. Hors aujourd'hui, je le tiens dans les mains et je m'aperçois qu'à l'intérieur de la couverture où j'avais inscrit mes nom et prénom, j'ai ajouté la classe dans laquelle j'étais à l'époque de son acquisition, 5e1. Cette anotation anodine me permet de situer ma lecture alors que j'étais bien plus âgée que je ne le pensais. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle j'ai un souvenir aussi vivace de cette lecture
J'avais peut-être pensé être plus jeune par faiblesse ou gentillesse pour la fillette que j'étais alors car il me semble que je ressemblais plus alors à une fillette qu'à une jeune fille. Et l'histoire dont il est question me semblait correspondre à un environnement enfantin qui devait me correspondre certainement alors.
J'ai toujours trouvé que c'était un beau livre maintenant encore. La couverture cartonnée et rigide est recouverte d'une toile blanche. Le nom de l'auteure, Philippa Pearce, est situé en haut à gauche de l'ouvrage, le titre en dessous et à droite sur trois lignes, comme ceci :
Tom et le
     jardin
de minuit
Enfin une illustration s'étend sur toute la largeur du livre. Sur fond de nature, y sont représentés un garçon et une fille avec un arc et des flêches dans les mains.
Je ne sais pas comment je suis rentrée en possession de ce livre. Etait-ce un cadeau ? mais de qui ? La façon dont il est entré dans ma vie reste un mystère.
Ce que je sais, en revanche, c'est qu'il a été pour moi une révélation, non seulement du pouvoir de la littérature en terme d'imagination mais aussi de reflexion. Ce jour-là j'ai appréhendé l'interprétation personnelle en tant que lectrice. Jamais je n'ai ressenti la barrière aussi mince entre la lecture et le vécu. Les mots me tiraient de mon lit comme les treize coups de l'horloge le faisaient pour Tom. Je marchais dans les allées du jardin merveilleux, je ne savais plus si je montais aux arbres dans le champs à côté de la maison de mes parents ou bien si c'était dans celui de la maison de Hatty.
Je n'ai jamais oublié ce livre, j'ai vécu en y songeant. Adulte, je l'ai beaucoup offert aux amis de mes enfants, je l'ai donné à mes enfant à lire et je l'ai lu à mon fils trop jeune alors, et curieux d'entendre son frère et sa soeur en parler. Chaque soir, je lisais une page et j'étais souvent obligée de m'arrêter tant l'émotion faisait trembler ma voix. A l'époque j'avais mis ce sentimentalisme sur l'évocation du passé de mon enfance. Aujourd'hui, je m'interroge et je crois qu'une nouvelle lecture serait bénéfique pour lever le voile de mes larmes.
 
 
 
 
Tom et le jardin de Minuit
Philippa Pearce
Ed. Nathan 
02 agosto

Dédale en librairie (4)

Ce soir, passage en librairie, pour mes réserves estivales. Je sais ce que je viens chercher et en plus je le trouve, j'ai de la chance. Mais je prends mon temps et j'arpente les rayons. Je lis les titres, je regarde les couvertures, bref comme à mon habitude je me promène et je me laisse guider par le hasard. Ce soir, le hasard remonte le temps, je ne sais pas ce qui me prend car tout à coup la sentence est radicale. Oui quand j'étais jeune j'aimais lire Le club des cinq mais la raison m'apparaît aujourd'hui claire comme le ruisseau, ils partaient pique-niquer tous ensemble mais le plus fabuleux c'est que nous avions droit à l'énumération de tout le pique-nique systématiquement, et j'en frémissais d'aise à énumérer le contenu de leur sac. J'en ai encore des souvenirs émus aujourd'hui.
J'espère que mes choix littéraires d'aujourd'hui sont un peu plus conséquent, quoique si je pense à Proust et sa madeleine...