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21 settembre

je dis ...

 
Je dis : enfants
et le souvenir de leur rire éclabousse ma vie sans eux.
23 settembre

Maison et jardin

Lorsque je vais dans la maison de mes parents, je me précipite toujours dans le jardin, j'y plonge les mains pour y sentir la terre. Je  me jette à corps perdu dans cet
Je songe, comme au temps où je tricotais parce que c'est une occupation qui laisse l'esprit libre et mes pensées vont au rythme de mes déplacement et de ce que je vois.
Mon arbre, je pense à Guillaume et à ses arbres, qui me rapelle systématiquement l'arbre du voisin que je regardais admirative quand j'étais petite, je m'allongeais par terre toujours au même endroit et en ouvrant les yeux je plongeais dans l'immensité verte. Je me rapelle aussi que j'enlevais mes lunettes de soleil et regardais la différence de couleur. J'essayais de déterminer laquelle j'appréciais le plus mais c'était toujours celle que je regardais qui me plaisait.
Comme le jardin ne ressemble plus à un jardin, il est remplit de mauvaises herbes. Je pense à celui qui lors d'un cmmentaire disait que cultiver son jardin est égoïste. Mon père disait que c'était le meilleur moyen d'être satisfait. Mais le jardin est aussi un moyen de cultiver et donc de nourrir les autres. D'autant plus, qu'en province, celui qui possède un jardin partage et échange sa culture, en parle à son entourage.
Ce satané lierre s'étend partout. Je m'aperçois qu'il commence à grimper sur la maison. Je me dirige vers la maison et délaisse le jardin. J'arrache le lierre.  
J'imagine que le lierre pourrait envahir entièrement la maison jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Je redouble de vigueur et j'arrache de plus belle. Rien ne doit être caché, tout doit apparaître au grand jour.
 
22 marzo

Le frère

 
J'ai toujours voulu un grand frère. Je ne me rapelle même pas d'une période où je n'y aurais pas pensé. Lorsque j'étais petite et que je soumettais à mes parents ce désir bien légitime, ils souriaient complices de l'extravagante demande de leur fille. Enfin, un jour, je compris que je n'aurais jamais de grand frère mais je ne cessais pas de le demander pourtant.
J'ai grandi avec mon idée comme une compagne sans pourtant chercher dans mon entourage un garçon, puis plus tard, un homme qui puissent remplacer ce grand frère qui n'existait pas.
 Curieusement, depuis que j'ai compris pourquoi je vivais avec cet absent, je me suis tout d'abord trouvée très heureuse d'être fille unique. Puis, un jour, sur mon chemin, j'ai aperçu de la lumière, je suis entrée et là j'ai lu quelqu'un qui ne pourrait pas être un grand frère parce qu'il est bien plus jeune que moi, mais parfois je me dis que vraiment si j'avais du avoir un frère ce serait un comme celui-ci que j'aurais aimé.
19 febbraio

1964

Premier souvenir
Je suis dans la poussette, pas de ces poussettes d'aujourd'hui où l'enfant est tourné vers l'exterieur mais les poussettes de 1962 à grosses roues et où l'enfant est face au pousseur et en l'occurrence ce jour là, je fais face à ma mère. C'est l'automne ou peut-être l'hiver, mais j'ai la certitude que c'est l'automne, un sol sableux, des arbres dénudés, du vent, tellement de vent que le lange qui repose sur mes genoux s'envole comme une page blanche. Ma mère, qui se tenait devant moi, disparait d'un seul coup de ma vision puis revient. Je vis en direct le fort da freudien, expérience certainement extraordinaire puique quarante ans plus tard je m'en souviens encore.
10 febbraio

1963 Ce que je sais d'elle par eux

 

Version maternelle :

Je marche à 9 mois et trois semaines et je dis « Qui c’est ça ?» quand je vois quelqu’un. Une fierté qui ne s’est jamais démentie quoi je fasse, ma mère trouve toujours le moyen d’être fière de sa fille même quand je me fais des amis par l’intermédiaire d’Internet.

Version paternelle :

Il m’endort dans ses bras et dés qu’il me repose dans le lit j’hurle, il est toujours hilare quand il raconte ce souvenir. Il y a quelques années, j’ai rencontré une cousine perdue de vue depuis des lustres. Pendant la conversation, elle lance cette phrase qui me bouleverse. Mon père lui disait « t’as vus comme je lui ai bien dessiné ses oreilles, regarde comme elles sont belles ».

Je n’imaginais même pas que mon père avait des talents artistiques.

02 febbraio

1962 : Marilyn meurt et moi, je nais.

Tout à leur bonheur, les futurs parents peuvent enfin se repaître des conversations quotidiennes liées aux enfants.
Si les premiers temps, ils restent prudents, les mois qui passent leur apportent la sérénité nécessaire afin de vivre joyeusement cette grossesse et de se préoccuper, enfin, du prénom du bébé à naître.
C'est alors que la difficulté paraît. Le futur papa et la future maman ne peuvent se mettre d'accord sur un prénom. Chaque proposition voit poindre des haussements d'épaules, des yeux ronds de surprise et d'incompréhension, à tel point que l'un d'entre eux finit par prendre une décision irréversible acceptée par chacun.
La future mère choisira le prénom d'une éventuelle fille, le futur père celui d'un éventuel garçon sans que cela soit discuté.
Le futur père ne met guère longtemps à faire sa proposition, si son enfant est un garçon, il s'appellera Gilles.
Pour la future mère, la décision de nommer sa future fille sans prendre en considération un autre avis que le sien change la donne et elle n'a plus d'idée. Il lui faudra plusieurs semaines pour remédier à la situation et c'est en lisant le journal, un matin, dans son lit que lui viendra la lumière. Dans la chronique des faits divers, le prénom d'une petite fille enlevée lui saute aux yeux. Quel beau prénom, si le bébé est une fille, il lui ira à ravir.
C'est ainsi que même pas encore née, j'avais déjà disparu.
Le dernier jour du mois de mai, les contractions se font ressentir. Mes parents, baggages en mains, prennent le chemin d'une clinique du XIVe arrondissement de Paris. Je me fais désirer et n'apparais que 3 jours plus tard, laissant ma mère épuisée mais ravie. Je crois que cette attente interminable et douloureuse impressionna mon père au point qu'il ne se souvint jamais  de la date exacte de ma naissance.
28 gennaio

1961 : Ce que je sais d'eux.

 
 
Je participe à Petits cailloux et ricochets de Kozelika en remontant de ma naissance à 2006 à raison d'un billet par semaine et par année vécue.
 
 
Six ans de mariage et pas l’ombre d’un soupçon de grossesse à l’horizon. L’amour qu’ils ont l’un pour l’autre les aide à ne pas baisser les bras et à s’affairer sans cesse dans cet espoir, celui d’un petit qui viendra. Mais le petit se fait attendre et ne vient pas. Médecins et spécialistes se succèdent sans succès.
Combien d’interrogations, de réflexions, et peut-être même de moqueries ont-ils subi ?
Combien d’interrogations, de réflexions et peut-être même de moqueries se sont-ils infligés ?
Ils voient tous les ventres de la famille s’arrondir, les enfants naitre, les enfants grandir. Et eux, ils restent deux. Ils souffrent en silence dans les cris des enfants des autres qui les entourent.
L’été est là, une nouvelle fois, avec un espoir qui s’amenuise, un peu chaque jour. Elle ne pense plus qu’à une chose, cet enfant qui ne vient pas, qui lui prend tout son temps toute sa vie, toutes ses pensées. Ce matin, son cœur trop lourd la fait chavirer. Parler à quelqu’un, dire son effroi, sa peine, son espoir qui s’éteint. Elle court chez son médecin, une nouvelle fois. Mais ce matin-là, le médecin perçoit l’équilibre instable de sa jeune patiente et hésite à lui avouer son impuissance. La larme qu’il voit naître au coin de l’œil de la jeune femme lui fait prononcer cette phrase :
- Ecoutez, mon petit, on va tenter le tout pour le tout. Partez en vacances, faites du vélo, autant que vous pourrez. Mais si vous n’êtes pas enceinte en rentrant, il faudra penser à l’adoption.
Elle rentre, le vide a envahit sa vie.
Quelques semaines plus tard, la mort de sa grand-mère la sort d’une torpeur envahissante bien que le chagrin qu’elle éprouve à la disparition de cette aïeule chérie n’est pas à la mesure de l’affection qu’elle lui porte, l’absence d’enfant envahissant le quotidien.
Le temps des vacances arrive et ils partent à l’île d’Oléron. Elle passera quinze jours sur un vélo, n’en descendant que pour les repas et les nuits.
La mort de la grand-mère a-t-elle sonné le glas d’une nouvelle ère ?
Le vélo a-t-il des vertus thérapeutiques ?
Je ne sais pas, mais de toute évidence, ma mère de retour à Paris était enceinte.
Et pour clore l’histoire du vélo mainte fois contée, mon père disait "Ah, ça, on a attendu, mais ça valait la peine, quand on voit le résultat" avec un clin d’œil dans ma direction.
 
 
13 dicembre

Fleurs

C'était encore  à une époque où tout pouvait arriver. Pour moi qui commencait à marcher sur mes traces d'adulte, je regardais le monde et parfois le monde,c'était la télévision. Il y avait cette fameuse publicité dont les gens de ma génération se souviennent forcément.
Un homme croise une femme et dans ce moment fugace, la fragrance qu'il hume lui fait perdre la tête. L'homme se dirige alors vers la fleuriste posée là comme une offrande. Il achète des fleurs, beaucoup de fleurs et il court rattrapper la belle jeune femme parce qu'elle est belle, parce qu'elle est jeune, parce qu'elle sent bon. Ce moment est devenu ma référence. Quand m'offrira-t-on des fleurs dans la rue parce que je suis jeune, belle et que je sens bon ?  
Un jour, j'eus très peur car l'aventure semblait arrivée à mon amie. Elle rentrait du travail quand un homme l'accosta et lui jeta dans les bras une brassée de roses. Il avait rendez-vous avec une femme qui lui avait fait faux bon et ne voulait pas s'encombrer du bouquet qu'il voulait lui offrir Mon amie, qui passait par là, eu l'opportunité de rentrer chez elle avec de magnifiques roses rouges. Je fus soulagée d'apprendre les ressorts exactes de l'histoire.
Cependant, je n'eus jamais l'occasion de recevoir d'un inconnu, un bouquet de fleurs parce que j'étais belle, jeune et que je sentais bon.
 
 
 
Je précise tout de même que je reçu, un jour, un bouquet fané dans le métro par un vendeur de fleurs parce qu'il me voyait passer tous les jours avec mon petit garçon et que nous l'émouvions.
 
 
 
28 settembre

Le voyageur grec

Comme voyage de noce avant la noce, nous avions choisi la Grêce à pied et sac à dos. Souvenirs chauds et colorés que je garde au fond de moi comme des éfluves de café au lait. Mais pourquoi ce matin, ce souvenir lointain a-t-il ressurgi au milieu de ma vie de Paris ?  Et pourtant, c'est en marchant dans la rue, que j'ai revu le vieil homme courbé et ridé du métro athénien se lever de son siège et laisser sa place à la toute jeune femme étrangère que j'étais. J'hésitais. La politesse me dictait de ne pas prendre le siège du vieil homme mais en même temps le regard fier du grec et de nouveau son geste précis de la tête me désignant la place m'intimaient à m'asseoir. Je laissai tomber mon hésitation et pris place.  En m'asseyant, j'avais vu dans ce compagnon de voyage, ce qu'il était avant tout, un homme galant et accueillant, grec de surcroît.
03 settembre

L'Autre (3)

Lorsque j’arrive dans cette campagne j’y plonge les mains. Pendant deux jours ou parfois plus, noircies par la terre, griffées, piquées, éraflées, mes mains sont laides et douloureuses mais j’aime ça. Quand je ne jardine pas, je joue avec mon tout petit et lorsque je peux m’esquiver je travaille à écrire, une façon de jardiner encore. J’alterne mes occupations simultanément pour me reposer les unes des autres. Cependant, le temps n’est guère clément ces jours ci, la pluie parsème le temps et le paysage de son rideau gris et lorsque les mots se dérobent, mes mains privées de leur terre quotidienne sont lasses d’attendre à ne rien faire. Se lever, marcher, s’imprégner des enfants absents dans leur chambre. Mes mains fébriles touchent, saisissent, caressent, reposent ce qui appartient à leur enfance. Les vêtements épars de leur grand-mère qu’elle a déposés dans cette chambre pendant les travaux de réfection de la sienne, perturbent mes pensées. Un peu de rangement sans doute ne ferait pas de mal. Sur le bureau, des objets sans intérêt encombrent l’espace et il serait temps de faire place nette. Je grommelle à la vue d’une énième boite à gâteaux en fer où je suis à peu près sûre de trouver quatre billes esseulées. J’ouvre et l’étonnement me fait ouvrir des yeux ronds à la vue d’une liasse de vieilles photos. Mes mains curieuses se tendent vers les documents en noir et blanc et commencent leur quête. Je connais certaines de ses photographies, les personnages que j’y trouve me sont familiers. Ma promenade picturale s’égrène dans la première moitié du XXe siècle et si je ne peux plus regarder les photos de mon enfance sans être bouleversée, j’aime regarder celles d’une époque où je n’étais pas encore née. Les photographies se font rares et se mêlent à des documents, feuilles de papiers, carnet puis portefeuille et médailles. Je me fais plus attentive et commence à déplier ce qui s’avère être des lettres personnelles et courrier administratifs. Je suis restée  longtemps devant le bureau à déplier les feuilles jaunies, précieuses et fragiles. J’ai lu avec avidité tous les mots qui me parlaient d’un jeune homme qui n’est plus. Ce jour-là j’ai enfin fait la connaissance du jeune homme au béret.

24 agosto

L'Autre (2)

Le quatrième portrait et le troisième cadre.

C’est le portrait d’un jeune homme souriant qui porte un béret. Le cadre en plâtre doré est travaillé d’arabesques. J’ai certainement  vu ce portrait depuis que je suis née chez ma grand-mère en Normandie.

Ce portrait que je retrouvais à chaque passage me signifiait simplement l’absence du jeune homme en photo. C’était parce qu’il était accroché au mur qu’il n’était pas avec nous.

J'ai continué à voir le monde comme je l’avais découvert.  Le portrait silencieux ne faisait jamais parler de lui et personne ne venait rompre ce silence.  Et en grandissant, je voilais le portrait d'une taie d'incompréhension. Il est curieux de voir les relations qu’on peut tisser avec des inconnus, des êtres dont on n’a jamais entendu parler. J’ai l’impression que le peu que je savais je l’avais découvert avec le portrait, il était le frère de ma mère, le fils de ma grand-mère, son prénom était le même que l’aîné de mes cousins. Même avec ma cousine, mon amie, ma presque soeur jamais nous n’avons prononcé un mot, fut-ce un murmure à son sujet, seuls des silences assourdissants comblaient cette béance.

Lorsque ma grand-mère quitta le monde, le portrait et une armoire arrivèrent dans la maison de campagne de mes parents. Un tiroir déposé sur une table devait appartenir à l'armoire sculptée. Une multitude de papier s'entassait et j'étais curieuse de farfouiller la paperasserie de ma gand-mère défunte et silencieuse.  j’ai étendu le bras, pris une lettre dans le tas, déplié la feuille et j’ai lu. Abassourdie, je lisais des mots qui parlais du jeune homme au bérét, plus je lisais, plus je savais qu’il ne fallait pas que ma mère me voit lire les mots qui parlaient de lui. J’ai plié, posé, oublié. Jusqu’à cet été.

22 giugno

Le père et la rose

C'est en lisant le billet de Madame Tarquine que je me suis rapellée que moi aussi j'avais un père. Sa voix s'est tue il y a longtemps, mais parfois, au détour d'un moment qui ne prévient jamais, il me manque terriblement et soudain un grand vide au fond de moi s'installe. J'essaie alors de le voir, de fixer un détail pour me le rendre plus présent, ses cheveux qui n'étaient même pas blancs et dont il était fier, ses yeux parce qu'ils étaient les plus beaux et les plus rares, gris parsemés d'étoiles d'or, les plis de sa peau là où je déposais mes baisers, ses mains larges et besogneuses. Je ne vais pas sur sa tombe parce que j'ai un endroit plus propice pour le rencontrer, sa maison.
Sa maison, ce fut son symptôme certainement et c'est pour ça que je l'aime tant. Mes parents achetèrent en 1968 une grange qui ressemblait à une étable de l'époque où les gens vivaient avec les animaux. Mon père en abattit les murs tout en soutenant le toit puis changea la toiture. J'ai toujours vu dans ce processus de construction un moyen d'éradiquer un abri peu fiable pour quelque chose de solide et qui ressemblait sensiblement aux rapports qu'il avait entretenus avec sa mère.  En aucun cas il s'est embarrassé d'esthétique, elle est moche cette maison, je l'ai assez déploré, mais solide et les convulsions climatiques de ces dernières années m'ont donné raison. Quand j'y vais aujourd'hui c'est lui qui m'abrite.
Il parlait peu. Je n'ai pas de souvenirs de paroles tendres ou encouragentes, aussi, celles qui tombaient comme un couperet me faisaient plus mal encore. Cependant, alors que j'étais déjà mère, un jour, adossée à la porte d'entrée qui s'ouvrait sur le jardin, je l'ai vu marcher vers moi et s'arrêter. Et il me dit tout à trac : "je vais créer une rose et je lui donnerai ton prénom", il est reparti aussitôt laissant sa fille sidérée.
Il n'a pas eu le temps de créer sa rose mais ses paroles d'amour qu'il a pris le temps de me dire avant de mourir valent bien toutes celles qu'il a tues car elles continuent de me porter à tout instant. 
31 maggio

Les photographies 2

J'aime cette photographie, certainement parce que je n'en suis pas l'auteur. Quand je la regarde, je sais que ce n'est pas moi qui ai fixé ce moment, cette attitude parce que je sais que j'étais à côté du photographe et aussi parce que je ne l'aurais pas prise cette photo, enfin, je ne pense pas.
Quand je regarde le garçon sur la photo je ne regarde pas tout à fait mon fils mais plutôt celui du photographe. Quand je regarde le garçon sur la photo, j'oublie. J'oublie ma peur viscérale à sa naissance qui m'a poursuivie longtemps, trop longtemps, j'oublie mes nuits sans sommeil, j'oublie que lorsqu'il était petit il avait la fâcheuse manie de se volatiliser et que ses disparitions soudaines me laissaient anéantie, j'oublie ses cris, ses râles, ses fureurs, j'oublie la rogne de ses professeurs.
Quand je regarde le garçon sur la photographie, je vois son sourire, sa force, sa beauté, son humour, son côté cabotin, son charme, sa douceur et je l'admire.
Quand je regarde le garçon sur la photographie je regarde le fils du photographe et le mien.
20 maggio

Les photographies

Les photographies ont ceci de particulier de fixer un moment choisi par le photographe. Le choix est régi par une propension à fixer un moment plutôt qu'un autre, et dans la sphère privée c'est souvent un moment édulcoré qui tend à nous prouver que la vie est belle sur le papier ou sur un écran dorénavant. On ne photographie pas un paysage sous la pluie, une rose fanée, un bébé en larme, un homme blessé, ces clichés sont réservés pour les professionnels, ils nous montrent une réalité difficile. Nous fixons ce que nous voulons nous souvenir, nous écartons ce que nous voulons oublier ou ne pas voir. Mon petit garçon, quelques jours après sa naissance, était couvert d'eczéma. Je n'ai pas de photos de lui dans cet état. Comment vouloir fixer, montrer la souffrance d'un petit être en devenir.
Parfois, les photographies se font facétieuses. Lors d'une soirée que nous avions organisée, je mitraille les invités dont mon père fait partie. Je dépose le lendemain la pelliculle à développer. Lorsque quelques jours plus tard, je récupère les photos, j'y retrouve mon père en grande conversation avec un ami un verre à la main alors qu'il était déjà mort et enterré.  
Si dans un portait fait par un photographe professionnel , il est possible de voir la personnalité du photographié on perçoit aussi la marque, la touche du photographe. Ceci vaut pour tout photographe. Comment ne pas s'interroger sur une femme, ma mère au demeurant qui ne peut prendre une photo sans couper le plan. Que fait-elle au moment d'appuyer sur le bouton ? A qui pense-t-elle ? S'il s'agit d'un paysage, le cliché est de travers, s'il s'agit d'un personnage, il lui manque une partie du corps.
Malgré l'utilisation d'un appareil photo numérique, mon mari a gardé cette habitude de vouloir réussir la photo coûte que coûte et reste longtemps indécis à capter un moment qui n'est plus fugace. Notre petit dernier a compris maintenant que l'objet que tient son papa a la magie de reproduire des instants de bonheur qu'il peut regarder à loisir. Mais depuis cette découverte,lorsque son père prend l'appareil pour le photographier, mon fils n'est plus le même sur les photos et je découvre depuis maintenant quelques mois, un  enfant sérieux au regard un peu triste et immobile.
Alors, j'ai pris l'appareil et j'ai fais ça :
23 aprile

Quand Michel Leiris et une omelette peuvent vous réconcilier avec la banlieue

Une visite en Charente me rend un peu nostalgique et me rappelle une jolie et peu commune rencontre.

J’ai rencontré Hal à la faculté. Nous étions toutes les deux dans la même position, celle de ne pas avoir l’âge d’être étudiante. Sans nous connaître, nous nous sommes désignées pour un travail commun sur Michel Leiris.

Hal m’informe qu’elle ne peut pas se déplacer pour notre prochain rendez-vous, je suis donc contrainte d’aller chez elle ce qui ne me réjouit pas, toute parisienne que je suis, j’ai alors, une appréhension à me déplacer en dehors de la périphérie de la capitale, d’autant plus qu’il s’agit de Ris-Orangis, ville à la réputation sulfureuse à l’époque. Je perçois sans doute mon embarras à me déplacer aussi loin et je m’incline, et si nous devons travailler ensemble, il est préférable que ce soit dans de bonnes conditions. Le jour dit, je prends mon billet et me voilà en route pour la banlieue. J’arrive enfin et je m’aperçois rapidement qu’il est impossible de sortir de la gare. Une série de voyageurs a descendu l’escalier alors qu’une autre le remontait. Hélas les deux salves en se rencontrant forment un bouchon obstruant l’escalier. Personne ne bouge. Ce fut long, très long mais enfin je pus sortir de la gare où ma nouvelle collègue m’attendait. 

La suite demain...       

Non loin de là, un trio de gendarmes s’affaire à réguler la circulation, j’ai une pensée bienveillante pour eux, moi qui viens de passer un moment à tenter de m'infiltrer dans un bouchon d’escalier. Mais ils sont tout à leur affaire,  les coups de sifflets et les tours de bras marchent de concert. Cependant, depuis quelques secondes,  je remarque et je ne suis pas la seule, qu’un coup de sifflet se fait plus insistant. Toutes les têtes se tournent vers le cri strident. On perçoit alors d’emblé la situation, la gendarme (c’est en effet une jeune femme) a stoppé la file de droite pour laisser passer celle de gauche. Or, si toutes les voitures se sont arrêtées, une seule a dérogé à la règle de l’immobilité. Elle avance doucement, très doucement mais elle avance. Un nouveau coup de semonce lui ordonne l'arrêt fatal mais visiblement rien n’y fait. La jeune femme jauge le conducteur d’un coup d’œil rapide et pense qu’en se plaçant devant la voiture, il stoppera net son engin. Elle a mal jaugé car l’automobile à moins de cinquante centimètres ne s’est toujours pas arrêtée et continue son labeur. N’a-t-elle plus le temps de se retirer du milieu de la chaussée ou bien pense-t-elle qu’il est plus judicieux d’y rester et d’agir, peu importe car elle dégaine son arme, écarter les jambes et met en joue son puissant adversaire. Mais inexorablement, la voiture continue d’avancer.  

Elle ne se démonte pas, elle se jette sur le capot de la voiture qui n'en n'a cure. Enfin les collègues de la demoiselle finissent par intervenir. Ils  ouvrent la porte de la voiture et tout en criant arrêtent l'engin diabolique et en sortent un vieux monsieur rondouillard en bleu de travail. A ce moment, je tourne la tête vers Hal avec des yeux ronds, stupéfaite, elle me regarde en disant "je ne comprends pas, d'habitude il ne se passe jamais rien, c'est la première fois que je vois ça".

Je ne l'ai pas crue mais cela ne nous a pas empêchées de travailler. Puis il s'est fait tard et alors Hal a cuisiné une omelette divine comme je n'en avais jamais mangé ; si les mots de Michel Leiris nous ont liées, je crois que cette omellette a scellé notre amitié.  

 

12 aprile

un temps de cuisson incroyablement long

Quand j'étais jeune et que j'allais au collège,il y eut une époque où ne supportant plus la cantine, je rentrais chez moi déjeuner. Je cuisinais ce que ma mère m'avait laissé dans le réfrigérateur, un "truc" à passer à la poêle du genre steak ou grillade. Mais ce moment de cuisson me paraissait toujours incroyablement long, aussi je finissais par regarder intensément le morceau de viande entrain de cuire pour mieux en prendre conscience, le visualiser afin de l'emporter avec moi car je savais que je ne tiendrais pas jusqu'à la cuisson complète. Je partais dans ma chambre pour une bricole rapide. Je revenais me planter devant la côtelette qui ne semblait pas avoir bougé, je la fixais de nouveau pour me donner un avis sur le temps de cuisson restant puis je repartais et je l'oubliais... jusqu'à ce qu'une odeur de brûlé ne vienne me rapeler à la dur réalité, mon déjeuner serait frugale.
Des années ont passé,  et si je viens de me souvenir de mes mémorables déjeuners, c'est qu'aujourd'hui ayant paressé ce matin, je ne pouvais perdre mon temps à regarder cuire mes courgettes. Je les ai trouvées ratatinées dans la poêle, me maudissant qu'à quarante ans passés j'agissais encore comme lorsque j'étais enfant !